pays de Fayence: Ressources du sous-sol et exploitations
ressources minières et hydrologiques

Extrait de Note explicative de la feuille Fréjus-Cannes carte N°1024 du BRGM

Ressources minières

La dernière exploitation minière de la feuille géologique "Fayence" (Fonsante) a fermé en 1987. Pourtant, avec une production cumulée de quelque 2 Mt de fluorite et un peu plus de 1 Mt de baryte, les filons du socle cristallophyllien et du Permien ont alimenté jusqu'à ces dernières années une activité minière importante sur le plan national (Mari, 1979). Un gisement de tungstène a également été exploité dans le socle du Tanneron et le potentiel important des terrains permiens en uranium (Héry, 1990) a fait l'objet d'une évaluation économique. Les autres substances (charbon du Carbonifère, fer à proximité de l'estrellite dans la région d'Agay, manganèse de la base du Trias au château du Rouet n'ont plus qu'un intérêt historique.

La phase métallogénique la plus ancienne est celle qui a donné les minéralisations en tungstène dans le socle varisque. Le phénomène a eu une extension très large dans les Maures et dans le Tanneron où de nombreuses anomalies alluvionnaires ont été recensées lors des prospections systématiques. La minéralisation en scheelite de La Favière, stratiforme, est de type très original et aucune liaison avec un quelconque granite n'a été établie. Après avoir longtemps considéré l'origine volcano-sédimentaire du tungstène, on envisage actuellement, à titre d'hypothèse, que la concentration de la minéralisation pourrait avoir un lien avec le front de la migmatisation, ici d'âge paléozoïque inférieur à moyen; la genèse des grands gisements mondiaux de type stratiforme (Mittersill en Autriche, Archéen de l'Ouest du Groenland) est ainsi en pleine réinterprétation et le cas de La Favière reste obscur.

La genèse des filons fluoro-barytiques est mieux cernée. En effet, les filons, isolés ou groupés en champs, sont localisés le long des grandes lignes régionales de fractures, presque toujours au voisinage de la paléosurface continentale antécarbonifére et/ou antépermienne et/ou antétriasique, et le plus souvent en bordure des grabens permiens (Féraud, 198l). La pluralité des phénomènes paléohydrologiques minéralisateurs a été démontrée par l'étude de la distribution des terres rares dans les fluorites des divers filons et par la comparaison des types de remplissage; elle peut être interprétée en termes d'hétérochronie des filons et en termes de multiplicité des sources du fluor et du baryum. L'âge possible des minéralisations s'étale du Stéphanien au Lias, avec une probabilité maximum pour le Permien: ainsi, si les plus anciennes peuvent être connexes de l'hydrothermalisme associé au magmatisme tardi-hercynien, la plupart se sont mises en place pendant le régime distensif qui accompagne l'ouverture de la Téthys à partir du Permien supérieur (Jebrak, 1984; Zheng et al., 1991-92).

Pour l'uranium, les données disponibles suggèrent la possibilité d'importantes préconcentrations en métaux durant le Permien lui-même, et l'association des concentrations à la tectonique distensive du Permien supérieur et au remplissage des bassins permiens. On ne dispose pas de datations géochronologiques: les seules réalisées dans le Permien indiquent des âges de 281 à 185 Ma dans des Alpes (Gordolasque, La Lauzière) et 180 Ma à Lodève.

Les tableaux en annexe récapitulent les diverses occurrences minérales recensées sur la feuille, leurs caractéristiques et leur importance économique. Cinq substances dominent.

Charbon

Il est localisé dans le Carbonifère supérieur.

Dans ces bassins, le charbon est d'origine essentiellement autochtone. Il s'est formé in situ ou à proximité immédiate et s'est déposé dans un milieu sédimentaire calme, lacustre ou marécageux, lors des périodes d'accalmie tectonique (Basso, 1985).

Uranium

De nombreux indices ont été signalés par le CEA dans les années soixante (Mari 1979), d'autres ont été découverts plus récemment: ils correspondent souvent à des minéralisations superficielles sans intérêt économique (la Plantade, Baume-Trocade, col du Baladou dans l'Estérel) ; parmi les plus intéressants, on peut citer les gisements suivants.

Fluorite

La fluorite (ainsi que la barytine qui lui est généralement associée en proportions variables) constitue surtout des filons soit dans le socle cristallophyllien, soit dans le Permien, et exceptionnellement des minéralisations de type stratiforme dans le socle (Soléty, 1965 ; Vervialle 1975 ; Jebrak, 1984).

La fluorite de type stratiforme est localisée dans le Tanneron, depuis Fonsante au Sud, jusqu'au Gros-Vallon au Nord (feuille Grasse), à divers niveaux d'une série de gneiss à silicates calciques transformés, qui recèle aussi des indices stratiformes de scheelite (Détang, 1981).

La fluorite de type filonien, activement exploitée en mines souterraines jusqu'en 1987, a fait de la région couverte par la feuille l'un des principaux districts producteurs au niveau national. Chaque filon atteint quelques centaines de mètres de long pour une extension verticale maximum de 250 m et une épaisseur de 1 à 7 m. Le pendage est généralement proche de la verticale et le remplissage, rubané et par places bréchique, comporte essentiellement fluorite, barytine. quartz (Mari, 1979). Voir cette monographie.

La fluorite du Var est décrite dans cette mongraphie de Jean Feraud BRGM Service Ressources minérales. Cliquer.

Dans le socle cristallophyllien, le champ filonien de Fonsante (Rémy et al., 1974) comporte une vingtaine de filons sensiblement dirigés E-W (Détang, 1981) (voir tableaux en annexe) et donc parallèles au graben permien dont ils jalonnent la bordure nord, comme beaucoup d'autres de moindre importance. Le remplissage de certains avait la particularité de recéler une importante proportion de sellaïte (MgF2), le minéral pouvant atteindre localement 1m de puissance.

Les autres filons fluorés du socle (voir tableaux en annexe) ont eu une production nettement moindre mais leur exploitation artisanale a connu des heures de gloire (Mari, 1979), notamment à la mine de Garrot et de l'Avellan, en bordure du bassin carbonifère du Reyran.

Loin des paléosurfaces, divers filons sont inclus dans la masse même des formations permiennes de l'Estérel; ils sont liés aux grandes fractures, en particulier E-W, et semblent parfois en rapport avec le volcanisme permien. Parmi les plus développés, on peut citer:

La fluorite est fréquente dans divers niveaux sédimentaires (bancs calcaires encadrant le volcanisme basique (2αM - 3αM) ou volcaniques (rhyolites fluidales, tufs volcaniques) de l'Estérel, en petits cristaux ou parfois en ciment. Dans ce cas, la minéralisation pourrait dater du Permien supérieur et être en rapport avec l'émission des pyromérides 11ρ (Soléty, 1965)

Filons minéralisés quartz-baryte

Un certain nombre de filons, peu minéralisés en fluorite et sulfures, jalonne les failles bordières des bassins permiens, en particulier le bas Argens.

Le filon des Porres, à 6 km au Sud des Arcs, a produit environ 710000 t de minerai à 70-80 % BaSO4 jusqu'à sa fermeture en 1983,ce qui en fait le plus gros filon de baryte de la Provence cristalline. Dirigé E-W, il était exceptionnel par sa régularité favorisée par la compétence de l'amphibolite encaissante (Mari, 1979).

Hormis celui de Pennafort, les autres filons, principalement quartzeux, n'ont qu'un intérêt géologique. Ce sont:

Tungstène

La scheelite, associée à des gneiss-à-silicates-calciques, a été rencontrée en plusieurs points du Tanneron. Aux Adrets-de-l'Estérel, le gisement de la Favière a produit 150 à 250000 t de minerai titrant 1 à 6 % W03 qui, traités dans la laverie voisine, ont donné 1 145 t de concentrés à 72 % W03 et 45 t à 55 %, soit environ 850 t W03. La minéralisation, de type stratiforme, pourrait avoir une origine périanatectique (Sonnet et al., 1985).

SUBSTANCES UTILES Pierre de taille

Certains niveaux permiens, à débit en plaquettes, ont été exploités pour servir à la décoration (cheminées, jardins) ou comme pierre à bâtir, plus rarement, ils ont servi de lauzes:

Toutes les carrières sont actuellement fermées.

L'estérellite a été activement exploitée pour fabriquer des moellons (bordures de trottoirs, empierrement de chaussées), même dans les temps les plus reculés (carrière romaine de Boulouris).

Les calcaires bathoniens et calloviens (j2b-3) ont été exploités en carrières, par sciage, pour être utilisés comme pierre d'ornement.

Granulats

De nombreux niveaux volcaniques permiens sont exploités actuellement; après concassage, ils sont utilisés comme matériaux d'empierrement et en maçonnerie:

La grande résistance à l'écrasement de l'estérellite (500 kg au cm2) justifie son exploitation comme ballast. Certaines carrières sont fermées (Drammont) d'autres ont réduit leur activité. La carrière du GrandCaous (Delli Zotti), entrée en activité en 1959, reste prospère avec 3000 t / jour de granulats répondants aux normes spécifiques exigées par les administrations et les collectivités locales (routes et autoroutes des Ponts et Chaussées, ballast pour la SNCF, aménagement portuaire du littoral).

Les calcaires triasiques (t6-7D) sont exploités à la carrière de la Catalane: très durs, ils font d'excellents granulats après concassage. En 1989, la production était de 900000 t/an.

Les calcaires du Trias moyen (t2-5) ont été exploités autrefois en carrière pour édifier une partie des remblais de la voie ferrée de la région de Draguignan.

Sables et graviers

Les sables et graviers d'alluvions, utilisés pour la fabrication du béton et des enrobés goudronnés, représentent en tonnage moins de la moitié du granulat obtenu dans la région par concassage des roches éruptives et calcaires. De nombreuses exploitations de petite ou moyenne importance existent dans le bas Argens, près de Fréjus (le Bac) et de Roquebrune (gravières de Gaudrade, pont d'Argens, les Plans) et dans les affluents du Reyran et de l'Endre (gravières du Pont-d'Endre, du Portail du Rouet). L'extraction (586000 t en 1978) est en hausse malgré les faibles réserves; sur la Siagne, quelques exploitations faiblement actives subsistent.

Tuileries

Divers matériaux ont été utilisés autrefois pour la fabrication de tuiles, briques et carreaux:

HYDROGÉOLOGIE

Les formations qui occupent la majeure partie de la feuille (socle et Permien) sont peu perméables et favorisent plus le ruissellement que l'infiltration. Quelques possibilités de stockage souterrain existent néanmoins à la faveur de structures particulières.

Afin d'alimenter les villes en eau potable (les romains avaient déjà construit un aqueduc à partir des sources de la Siagnole) ou d'irriguer les cultures, plusieurs barrages ont été réalisés:

Les lacs collinaires de l'Estérel servent de plus à la lutte contre les incendies, tandis qu'au Nord de Saint-Raphaël, les retenues de Saint-Esprit et des Cous permettent de régulariser les crues des cours d'eau et les écoulements de surface.

Documentation complémentaire itinéraires d'excursions géologiques

Le guide géologique régional «Alpes-Maritimes, Maures, Estérel» (Campredon et Boucarut, 1975), le guide du BRGM «A la découverte des paysages géologiques de Marseille à Menton» (Horon 1973) et celui de P. Bordet (1966) sur «L'Estérel et le massif de Tanneron» fournissent des itinéraires intéressants mais certains arrêts sont devenus difficiles, voire impossibles (carrière du Muy), en raison de la construction de lotissements ou de terrains de camping et de l'extension des terrains militaires.

L'attention du lecteur est attirée sur les faits suivants:

Les itinéraires décrits ici (fig) correspondent aux conditions d'observations qui régnaient en 1991.

Excursion I: secteur du Reyran

Au péage de Fréjus sortie 39, prendre l'ancienne route de Montauroux en direction du barrage de Malpasset, troisième sortie après le giratoire de sortie de l'autoroute A8. La suivre jusqu'au gué du Reyran.

Excursion II: massif de l'Estérel

• Arrêt 1: mont Vinaigre. On accède au mont Vinaigre à partir de la RN 7, par une route forestière située à environ 10 km au Nord de Fréjus, face à la piste qui mène au lac de l'Avellan. Un peu avant la maison forestière du Malpey, la route pénètre dans la rhyolite ignimbritique 'P qui constitue le soubassement du mont Vinaigre. Elle atteint la surface structurale de cette rhyolite, environ 200 m après un virage en épingle à cheveu.
On entre alors dans les grès conglomératiques (2-3 m) de la Formation des Pradineaux (rPx), puis on passe à une brèche volcanique jaunâtre, à blocs de 5 à 50 cm de rhyolites 7P et "P, soudés à chaud, passant à une bouillie poreuse à galets beaucoup plus rares: cet ensemble correspond au débourrage de la cheminée volcanique lors de l'arrivée de la rhyolite fluidale 11ρ (fig).


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Mis à jour le 29/08/2016 pratclif.com