Le Haut Conseil pour le Climat HCC met les politiques au pied du mur

Le Haut conseil pour le climat (HCC) publie son 8ème rapport annuel. Alors que la France a vécu deux canicules en Mai et Juin 2026, et une flambée des prix du pétrole et du gaz, le HCC alerte sur l’urgence de changer d’échelle dans les politiques climatiques pour protéger la population française face au changement climatique et à la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Afin que la France puisse atteindre ses objectifs de neutralité carbone et puisse protéger sa population, le rapport formule des recommandations pour renforcer l’efficacité des politiques climatiques actuelles, ainsi que des orientations pour engager une nouvelle génération de politiques publiques favorables à l’action climatique à l’horizon 2030/2035..

NEUTRALITÉ CARBONE


On entend parfois que la France va s'engager dans l'adaptation et que ça va tout résoudre. Non, ça ne va pas tout résoudre, pose Jean-François Soussana, le président du HCC. Multiplier le nombre de jours de vagues de chaleur par dix, c'est intolérable."
Or, c'est ce qui attend la France à la fin du siècle au regard de la tendance des émissions mondiales. La nécessaire adaptation n'oblitère pas la nécessité de parvenir au plus tôt à la neutralité carbone, martèle le HCC, et donc la sortie des énergies fossiles, condition pour stopper un réchauffement qui "se poursuit à un rythme record».

La France doit bien sûr renforcer son action internationale dans ce sens. Le HCC réitère sa recommandation de promouvoir un plan européen de sortie des fossiles assorti d'un calendrier précis. Il préconise aussi de renforcer les coopérations avec les pays du Sud.
Mais chaque molécule de CO2 compte et, s'agissant de ses responsabilités propres, la France doit se ressaisir. D'autant que le réchauffement dégrade la capacité de ses forêts à capturer le carbone. Le rythme de baisse des émissions domestiques a de nouveau ralenti en 2025, pour tomber à 2,1%. Si bien que pour tenir ses engagements climatiques fixés pour la 3e période de sa stratégie nationale bas carbone (2024-2028), il faudrait qu'elle atteigne un rythme moyen de "plus de 4% par an en 2026, 2027 et 2028», précise le HCC.
C'est aussi un enjeu de sécurité. La France dépend encore à 65% des importations de combustibles fossiles dont les prix explosent à chaque conflit, comme aujourd'hui en Iran. Si, d'un côté, les prix élevés favorisent la pénétration des énergies renouvelables, de l'autre, insiste le rapport, " ils augmentent la précarité énergétique et l'endettement, et stimulent l'exploration de nouveaux gisements à coût élevé, retardant la sortie des fossiles et créant de futurs actifs échoués.

NOUVELLES DÉPENDANCES

Or, un recours non maîtrisé aux métaux et minéraux nécessaires à la transition énergétique risque de créer de nouvelles dépendances. Un argument de plus pour le HCC en faveur de la sobriété et de l'économie circulaire qui peuvent contribuer à la construction d'une autonomie stratégique. De fait, le rythme beaucoup trop lent de baisse des émissions s'explique en grande partie par l'absence de mobilisation de ces deux leviers, alors que leur potentiel est très important.
Le HCC a analysé dans son rapport les facteurs qui ont permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre en France sur la dernière décennie. Les facteurs technologiques (efficacité énergétique, électrification...) sont ultradominants dans pratiquement toutes les filières. Et quand les facteurs socio-économiques interviennent dans les baisses d'émissions, c'est pour de mauvaises raison : baisse de l'activité dans le secteur industriel ou forte diminution du cheptel bovin [2] dans le secteur agricole, compensées par des importations. Résultat,  les émissions importées dépassent les émissions territoriales et baissent moins vite, déplore le HCC, qui recommandel'adoption d'un objectif européen pour leur réduction.

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Au delà de 82 recommandations au gouvernement sortant supposé y répondre dans les six mois, le HCC a proposé une série d'orientations pour l'après 2 mai 2027, date du second tour de la présidentielle. A commencer par massifier les mesures en faveur des ménages modestes pour leur permettre de sortir des fossiles, en sachant que " les retards engendrent un effet de verrouillage qui amplifie les inégalités et rend l'action publique future à la fois plus complexe et plus coûteuse.
Mais il s'agit aussi de passer à l'échelle les actions d'adaptation, en particulier construire un système agricole et alimentaire résilient, donc conditionner à cette fin les aides publiques au secteur. Ou encore de rendre rentables les investissements privés de transition, en maniant et le bâton et la carotte. Et comme tout cela ne se fera pas sans moyens, promulguer une loi de programmation de la transition écologique (LPTE) qui, à l'instar de la loi de programmation militaire, inscrirait enfin les moyens à mettre en face des objectifs.

Ce qui, dix ans après l'accord de Paris, continue d'être inexistant, alors que les investissements climat sont très insuffisants et qu'ils ont même diminué en 2024 et stagné en 2025. Il faudrait qu'ils doublent d'ici 2030 tandis que les investissements carbonés devraient être divisés par deux, rappelle le HCC.

[1] Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités, rapport annuel 2026 du Haut Conseil pour le climat, 9 juillet 2026.
[2] Et donc des émissions de méthane généré par la digestion des ruminants.

Actif échoué : actif qui perd de sa valeur en raison de la législation, de contraintes environnementales ou d'évolutions technologiques.
Avec 1,4 °C de réchauffement global, les impacts pour la santé, les écosystèmes et l'économie deviennent de plus en plus dangereux, souligne le HCC