Élection présidentielle 2012
les propositions de François Hollande

L'actualité est dominée par l'élection présidentielle qui se déroulera les 22 avril et 6 mai prochains; à moins d'un cataclysme quelque part dans le monde qui éclipserait cette actualité, nos médias ne parleront plus que de cela.

Après la séquence des voeux du président de la République - chaque cérémonie étant marquée par l'émission d'un scud politique, économique ou social, pour occuper le devant de la scène - nous sommes aujourd'hui nourris par le programme du candidat socialiste François Hollande et ses 60 propositions pour le futur quinquennat. Après une période de repos suite aux primaires socialistes, le candidat Hollande a incontestablement pris l'avantage.

Les cérémonies des voeux de Nicolas Sarkozy avaient eu chacune leur scud... TVA sociale, taxation des transactions financières, 35 heures, homosexuels, sécurité... etc... Nous sommes habitués depuis 2007 à ces déclarations souvent sans lendemain, ou vite oubliées parce qu'inapplicables en l'état. Le président a tellement dégradé son image par son comportement, son agitation et ses gesticulations que tout ce qui est positif dans ce quinquennat semble passer au second plan. Et il emmène avec lui dans ce désaveu, le parti et la majorité UMP qui le soutient. Sarkozy peut-il rattraper cela à 90j de l'élection?

La campagne de François Hollande et de son équipe est entrée dans une phase active avec le grand meeting du Bourget, le week-end du 21 janvier qui a fortement dopé sa campagne. Jeudi 26 janvier, le candidat Hollande a présenté son programme et ses 60 propositions. Le soir même, avait lieu un débat sur France 2 "des paroles et des actes" animé par David Pujadas. François Hollande fut "excellent communiquant" sur le plan personnel, le comportement, la présentation et la maîtrise des sujets.

Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy n'est toujours pas candidat et la campagne de François Hollande met l'UMP dans l'embarras! Alain Juppé fut envoyé pour débattre avec lui mais il fut très mauvais - agressif, coupant la parole sans arrêt, voulant défendre à tout prix le bilan de Sarkozy mais incapable de critiquer sur le fond aucune des propositions de Hollande. Cela montre que dans cet exercice périlleux qu'est le débat télévisé, il est quasi impossible, sans avoir pris le temps et le recul nécessaire, de décortiquer un programme préparé longtemps à l'avance, assimilé et mûri par Hollande en vue de l'émission.

Cela étant, les 60 propositions Hollande commencent à être décortiquées. On en a eu une première vision à C dans l'Air vendredi soir, par les économistes Christian Saint-Etienne et Elie Cohen (lien).

La communication de Hollande est semblable à celle de François Mitterrand avant son élection en 1981 avec 60 propositions au lieu de 110. Sans entrer dans la bataille des chiffrages de ces propositions, que peut-on en retenir? D'abord, que le PS prend acte de la situation dégradée du pays avec son déficit structurel et sa dette devenus insoutenables, cette dernière à cause du dépassement d'un seuil et de son accroissement tous les ans. Ensuite pour la première fois dans son histoire, priorité est donnée à la relance de la production (la croissance) autrement que par les services publics. Les propositions sont de réduire le déficit à 3% du PIB en 2014 et d'assurer l'équilibre à la fin du mandat en 2017. Par quels moyens? 20 milliards de prélèvements sur les ménages et les entreprises, 29 milliards de suppressions de niches fiscales et 2.5% de croissance à partir de 2014.

Le déficit est de 100 milliards; s'il y a 2.5% de croissance - tout est là - comptant un PIB de 2000 milliards et 50% de prélèvements, cela fait donc 25 milliards par an de recettes supplémentaires, donc 4 ans pour atteindre l'équilibre. Chacun mesurera la condition d'une croissance de 2.5%, laquelle dépend de réformes profondes du système de production, consommation, budget de l'État, dépenses publiques et fiscalité. Or ces réformes ne sont pas évoquées.

En attendant que cette heureux événement se réalise, Hollande dans l'immédiat d'après l'élection, va taxer davantage 15% de la population - ménages et entreprises de 20 + 29 milliards - en augmentant les taxes sur les produits d'épargne et en supprimant des niches dont certaines furent mises en place pour favoriser la croissance. Par ailleurs, le candidat veut favoriser les PME "innovantes et qui exportent" par des mesures fiscales incitatives. Les deux approches sont-elles compatibles? Nul ne sait quelles seront les retro-actions des ménages et des entreprises qui perdront une part significative de leurs revenus, donc de leur pouvoir d'achat cad. leur consommation de produits et de services qui conditionnent la croissance et les 2.5% espérés. J'aurais aimé que François Hollande nous annonce 100 milliards, 50% par des baisses de dépenses publiques, 50% par des hausses de prélèvements.

Les vrais réformes restent à venir. Quel candidat saura les formuler et, s'il était élu, les mettre en oeuvre pour que le pays sorte enfin de la crise quasi permanente? Je crains que si François Hollande était élu pour appliquer ce programme en l'état, les français ne découvrent vite qu'ils ont été menés en bateau une fois de plus.


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Mis en ligne le 28/01/2012