liens/links

HISTOIRE DE CALAIS

Les origines du nom de Calais sont fort obscures; une première hypothèse le fait dériver du celtique «Kal» ou du saxon «keel» signifiant baie, embouchure, une autre explication tend à démontrer que les Calètes venus aider les Morins à repousser l'invasion romaine, auraient donné leur nom à la ville.

L'invasion de la Gaule par les Romains donna une très grande importance à Calais qui, très proche des côtes anglaises, permit à César de rassembler près de 1000 voiles, cinq légions et 2 000 chevaux et de se lancer à la conquête de l'Angleterre.

Simple village de pêcheurs jusqu'en 997, le comte de Flandre, Baudouin IV, commença à l'aménager; un peu plus tard, Philippe de France, fils de Philippe Auguste, comprenant la valeur stratégique de ce port, fit construire des murailles et creuser des fossés afin de le mettre à l'abri de toute attaque. Voir lithographie de cette époque.

Le roi Charles IV, mort sans descendance, laissa la Couronne de France à son cousin Philippe IV, mais Edouard III, roi d'Angleterre, et petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, ne l'entendit pas ainsi et décida de conquérir le trône par les armes. Sa victoire de Crécy en 1346, lui permit d'envisager le siège de Calais, «la serrure et la clef de la France ».

Les Calaisiens, retranchés derrière leurs imposantes murailles, résistèrent avec courage jusqu'à ce que la famine les obligeât à se rendre. Il suffit, pour se rendre compte de cette misère, de lire le message qu'adressa le gouverneur de la ville, Jean de Vienne, au roi de France: «Sachez qu'il n 'y a rien qui ne soit tout mangé, et les chiens, et les chats et les chevaux; et de vivres nous ne pouvons plus trouver si nous ne mangeons chair de gens, si nous n'avons pas un bref secours». Malheureusement, ce message fut intercepté par Edouard 111, et Philippe de Valois dut renoncer à toute attaque tant les positions de l'ennemi lui semblaient invincibles. C'est ainsi que le 4 août 1347, six bourgeois, choisis par les plus grands notables de Calais, remirent les clefs de la ville au roi d'Angleterre, et la signature du traité de Brétigny en 1360 confirma cette victoire. La France venait ainsi de perdre l'un de ses plus forts bastions, et devait attendre plus de deux siècles avant de pouvoir le reconquérir. Les Anglais firent de nombreux aménagements dans le port qui, d'une part, était réservé à l'importation des laines anglaises, et d'autre part, permettait à leurs troupes de débarquer facilement sur notre continent.

En 1520, l'entrevue du Camp du drap d'or entre les rois de France et d'Angleterre François 1er et Henry VIII, en présence de plus de 10 000 personnes, donna lieu à des fêtes somptueuses qui, dit‑on, ruinèrent maintes personnalités.

Enfin, en 1558, le duc François de Guise, après une campagne fort audacieuse qui ne dura que huit jours, réussit à reprendre Calais, laissant les Anglais dans la plus grande consternation.

Henri IV, puis Richelieu et Vauban, s'empressèrent d'améliorer et consolider les fortifications de la ville afin de faire échouer toute attaque future. En effet, Espagnols, Anglais, Hollandais tentèrent à plusieurs reprises de s'emparer de la cité, tous échouèrent lamentablement, seulement ces guerres réussirent tout de même à compromettre la prospérité du commerce calaisien. Au début du XVIII siècle, la flotte anglaise se montra si menaçante que Vauban songea à inonder toute la contrée afin de la sauver de l'invasion.

Voir Armoiries et lithographies de la de la ville.

La Révolution ne toucha guère la ville, mais le peuple connut des années de grande misère, encore accentuée par la guerre avec l'Angleterre. Lorsqu'en 1807 Napoléon décréta le blocus continental, les Calaisiens brûlèrent sur le port quantité de marchandises prohibées.

Le 24 avril 1814, Louis XVIII rentrant d'exil passa par Calais; le peuple enthousiaste décida d'élever une colonne afin de commémorer cet événement. Avec la Restauration s'ouvrit une ère de prospérité. C'est à cette époque que l'industrie de la dentelle, introduite en contrebande par des Anglais de Nottingham, commença à rendre Calais célèbre dans le monde entier. L'aménagement du port, la construction d'une ligne de chemin de fer et de nombreux édifices furent entrepris pour n'être interrompus qu'au moment de la Première Guerre mondiale.

Calais d'aujourd'hui est la réunion de deux communes voisines - Calais la cité portuaire et le village de Saint Pierre les Calais; elles furent réunies en 1885 mais restèrent longtemps séparées par un terrain vague recouvert de sable, emplacement de l'actuelle mairie, du parc Saint-Pierre et de la voie de chemin de fer de la gare au port maritime. C'étaient deux cités bien distinctes: d'un côté Saint Pierre, commune ouvrière et pauvre où s'implanta l'industrie de la dentelle dans la 2è moitié du 19è siècle. De l'autre côté, Calais la ville portuaire avec son coeur historique (Beffroi et Tour du Guet, fort Risban, église Notre Dame) et son port, les usines des cables de Lyon, Tioxide, des pâtes à papier. C'est sur ce terrain entre les deux communes que fut dressé l'hôtel de ville, suite à l'autorisation du décret du 29 janvier 1885 qui accordait la fusion des 2 communes; mais il ne fut inauguré cependant qu'en 1925 (problème de creusement de terrain, 4 années de guerre ...). L’architecte Louis Debrouwer lui donna une architecture en style Flamand et renaissance. Calais fut terriblement détruite pendant la 2è guerre mondiale. Voir ici.

Pour l'histoire de ce temps, rappelons que c'est à Calais que le général de Gaulle, alors au début de sa carrière militaire, épousa la fille du maire de la ville, Mademoiselle Yvonne Vendroux dont le frère, Jacques Vendroux devait, à son tour, administrer la ville pendant quinze ans.

Base de débarquement et d'opération sur le continent, grand entrepôt d'approvisionnement des armées belges et britanniques, Calais, 71 fois bombardée, fut très éprouvée au cours de ces quatre années de guerre, mais jamais les Allemands ne purent approcher de ses murs, grâce aux fronts des Flandres et d'Artois qui réussirent toujours à tenir l'ennemi à distance, grâce aussi à l'héroïsme de ses habitants, dont 228 civils et plus de 2200 de ses enfants tombèrent glorieusement au champ d'honneur. C'est ainsi que le 25 août 1919, Calais reçut sa première croix de guerre avec citation à l'ordre de l'Armée. Voir photo de l’arrivée des troupes anglaises dans la ville en 1914 et de poilus effectuant une relève de la garde aux environs de Calais en 1917.

Très vite, la ville reprit ses activités; déjà grand port de pêche, elle devint le premier centre mondial de la dentelle mécanique. Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale s'annonçait et dès 1939, Calais fut de nouveau la principale base anglaise de débarquement et, bien sûr, l'un des premiers objectifs allemands. Le débarquement quotidien de troupes anglaises provoqua de nombreux bombardements sur le port et sur la ville. Et, le 21 mai 1940, le dernier bateau anglais emmenait les ressortissants britanniques sous un déluge de bombes (mes parents, ma soeur Gisèle et mon cousin Jack, étions dans ce bateau). Le 25 mai, les premiers éléments de l'infanterie allemande entraient dans la ville; la bataille fit rage pendant 36 heures; hélas, faute de munitions, la garnison de la citadelle dut se rendre, et les habitants s'enfuir. Dès lors, la ville devint une base fort puissante contre l'Angleterre, (voir autre photo de batterie allemande)et pendant quatre années, Calais fut journellement bombardée tant par mer que par les batteries côtières anglaises installées près de Douvres.

Après le débarquement de juin 1944, les Allemands réussirent à retarder de plusieurs mois l'avance des troupes alliées en minant toutes les routes et en inondant par eau de mer toute la région du Calaisis et du bas Boulonnais. Pourtant, le 2 septembre 1944, la division canadienne était aux portes de la ville. Le siège allait durer un mois. Le 6 septembre, le lieutenant-colonel Schroeder prescrivit l'évacuation de certains quartiers de la ville, mais les Calaisiens n'exécutèrent pas ses ordres. Le commandant allemand proclama alors l'état de siège; le ravitaillement devint de plus en plus difficile, plus de gaz, plus d'électricité, l'eau manquait... Bombardés jour et nuit par l'aviation et l'artillerie, les habitants restaient terrés dans leurs caves. Le 28 septembre, les Allemands proposaient de négocier avec les Canadiens. Le 29, en présence du maire, le commandant Mengin, un officier canadien et un anglais exigèrent la reddition de la ville; reddition bien sûr refusée. On décida alors l'évacuation totale et, après un combat rude et sanglant, les Allemands capitulèrent dans la soirée. Les habitants se hâtèrent de retrouver leur ville; leur premier geste fut de sortir des drapeaux américains, canadiens, anglais, français, et de les hisser sur les mines encore fumantes.

Avec 400 militaires tombés au champ d'honneur 38 fusillés ou morts en déportation, 583 victimes civiles, 541 déportés et plusieurs milliers de Calaisiens arrêtés ou emprisonnés, tel est l'épouvantable bilan de ces quatre années de guerre. La ville, en outre, fut totalement détruite, puisque sur 17700 immeubles, seuls 860 restaient intacts; le port, quant à lui. était totalement inutilisable. Les chiffres ne sont que le pâle reflet de la vérité, c'est pourquoi, en hommage à son attitude héroïque, Calais reçut la Légion d'honneur le 10 juillet 1947 et se vit remettre, le 11 novembre 1948, la croix de guerre 1939-1945 avec palme.

Voir aussi le dossier Calais pendant la guerre 1939-1945 et un autre document sur l'histoire de Calais.

Mis à jour le 04/01/2012